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Chez nous les hommes, tout semble tourner autour de la taille : on aime les grosses voitures, les gros bateaux, les gros poissons et donc bien sur pour les lecteurs de mon blog : les gros leurres ?
Au-delà de la formule « Bigger is better », il est temps je pense de s’arrêter un instant sur la question de la taille qui est a mon avis une considération plus importante. Voici quelques observations et principes qui se dégagent de mon expérience et celle d’autres partagées au fil des rencontres :
Concernant les tailles, je vais parler en inch ; en pouce. Pourquoi ? Ce n’est pas pour faire le mariole, faire l’américain, ou pour apporter plus de confusion dans un sujet déjà pas facile à démêler. C’est juste une question de pratique, d’une part beaucoup de leurres (américains) sont donnés en inch, d’autre part il faut reconnaître un certain avantage à cette unité de mesure. Un inch mesure 2.54cm. Entre deux leurres de 1cm de différence je ne pense pas qu’il y est le moindre impact sur les poissons. Mais une différence de 1 inch va déjà être bien plus net puisque 2 fois et demi plus importante. L’inch est donc une unité de mesure juste adapté à nos leurres.
Pour en finir sur cette question, je voudrais vous inviter et vous suggérer de ne jamais traduire les unités impériales en mesures métriques. Il est bien plus avantageux de s’habituer simplement à leur usage et d’être en quelque sorte « bilingue » en mesure. Pieds, inch, once, pounds et mile sont en fait des unités de mesure plus ancienne que notre système métrique, moins pratique pour les conversions mais plus naturel et instinctive à comprendre.
Comme à mon habitude j’aime bien commencer mes articles par examiner la sagesse populaire et voir s’il est possible d’en tirer quelques principes intéressant :
Un petit leurre prend du gros et du petit alors qu’un gros leurre prend que du gros. Présenté comme ça, ladies and gentleman, c’est tout à fait vrai. On a tous en tête l’exemple du mec qui a pris un gros brochet avec un mini-leurre. Cette stratégie va vous permettre de prendre des tas de petits poissons et un beau tous les 10 ou 15 ans. C’est la pêche, et tout est possible c’est pour ça qu’on l’aime ! Mais ce n’est pas utile de jeter le bébé avec l’eau du bain. Ce n’est parce que cette philosophie n’est pas à mon avis la meilleure pour prendre le maximum de gros, on n’est pas tous tout le temps à la recherche du record. Que ce soit lors d’un concours ou juste pour voir un peu de poisson, il est bien normal de dévier parfois de la traque des monstres pour chercher un peu plus de nombres. Il a aussi beaucoup de situations où les conditions ne sont pas favorables pour prendre un vrai gros, et plutôt que perdre la journée autant prendre un peu de poisson en visant quand même une moyenne correcte. On va y revenir.
Quand la pêche est difficile, passe en finesse. Moi je suis d’accord avec ça, encore faut-il savoir pourquoi la pêche est difficile. Je pense que chaque coup tordu que la nature nous lance, il y a une réponse appropriée. La finesse ? oui pourquoi pas mais je ne pense pas que ce soit une réponse appropriée à tous les cas de figure. Si c’était vrai, il suffirait de jeter tout le reste de l’équipement et pêcher tout le temps finesse. Bon y en a qui le font !
Toujours avoir un leurre aussi proche que possible de la nourriture naturelle prédominante. Ok, je suis tout pour, mais dites moi, des spinnerbaits vivantes vous en avez déjà vu ? Non évidemment ! Or les spinnerbaits sont très efficaces. Je ne crois pas que les poissons confondent souvent nos leurres avec leurs proies habituels, les exemples le prouvant sont trop nombreux. De plus on ne me fera pas croire qu’un brochet de 10 kg peut s’alimenter avec des alevins de 4mm.
Gros leurre, gros poisson ; petit leurre, petit poisson. Bon cette fois ça va m’être difficile d’attaquer ça puisque c’est bien ce que je défends depuis le début dans ce blog. Mais évidemment il n’y a rien d’automatique dans ce principe. Il convient de considérer son choix de leurre avec un minimum de pragmatisme.
Les gros leurres, c’est bien, mais ça fait trop de bruit en tombant dans l’eau. C’est vrai que ça fait du bruit, mais la question est de savoir l’impacte sur les poissons. J’ai tendance à penser qu’a moins de leur tomber pile sur la tête, le bruit va plus souvent attirer le poisson.
Qui a dit que je ne pêchais jamais finesse?
Avant de commencer la réflexion, il faut déjà se mettre d’accord sur ce qui est gros et ce qui est petit. Bien évidemment on ne peut pas prendre les mêmes standards entre les perches, les brochets, les bass, les sandres et les silures. Je préfère laisser de coté les sandres et les silures, poissons avec lesquelles j’ai trop peu d’expérience. Reste donc les bass, brochets et perches. C’est clair qu’un gros leurre à perche est bien petit pour un brochet. Juste pour la facilité de discussion, je vais donc prendre le bass pour poisson de référence, étant en plus l’espèce qui a inspiré la quasi-totalité des leurres utilisés aujourd’hui. Voilà l’illustration de mon propos plus haut au sujet des unités de mesure américaines : je considère que 6" et en dessous c’est petit, c’est les tournament lures (leurres de concours), à 7" on est sur du leurre moyen, c’est la moyenne des « big bait » japonais, et 8" et plus et on arrive dans le gros leurre. Ce qui est remarquable c’est que cette échelle typiquement bass s’applique de la même façon au brochet.
Choisir la taille du leurre appropriée c’est prendre en compte plusieurs éléments qui viennent affectés une équation que chaque pêcheur doit avoir intégré. Comme toujours dans la pêche, l’équilibre à trouver est de rendre le leurre suffisamment facile à trouver pour que le poisson sache qu’il est là, mais pas trop pour ne pas qu’il détecte la supercherie. La taille n’est évidemment pas le seul critère, couleur, présence de billes, palettes, mécanisme vibratoire varié etc.… rentre également dans l’équation. Mais pour aujourd’hui on va juste se concentrer sur la taille. Dans mon raisonnement, je préfère toujours partir du critére le plus large possible et puis concentré la réflexion petit à petit jusqu’au détails.
Je commence donc par la saison, et à la pêche il y a plus que 4 saisons ; les voici : avant fraye, fraye, après-fraye, été, automne, hiver.
Je précise aussi qu’il appartient à chacun de respecter la loi, les informations ici sont d’ordre générales sans me préoccuper de savoir ce qui peut être légale en terme d’ouverture et de fermeture (notions archaïques si vous voulez mon avis !)
Avant la fraye : Cette période est assez courte et bien souvent très favorable à la pêche, particulièrement les grosses femelles qui doivent prendre du poids rapidement en prévision de la fraye. A cette saison là, quelque soit les autres critères je me tourne en priorité vers les gros leurres. En effets, gros bass et gros brochets n’hésiteront pas à venir chercher une grosse proie. Le plus compliqué est de bien choisir sa période, puisque que dès que le rite de la repro commence, les gros leurres seront ignorés. Généralement les deux semaines qui précédent la pleine lune de fin février pour les brochets et avril pour les bass (avec des variations en fonctions des régions bien entendu !!)
Pendant la fraye : Bien que l’argument soit scientifiquement débattu, la pêche pendant la fraye est considéré comme contraire à l’éthique. Je ne donnerais donc pas de conseils à ce sujet. Néanmoins un point peut-être retenu, la nature ne mets pas tous ses œufs dans le même panier, et sur une même période, en plus des poissons en fraye il est possible de trouver des individus qui ont déjà frayé ou qui n’ont pas encore frayé. Avec un minimum d’intelligence, il est parfaitement possible de cibler des poissons qui ne sont pas en fraye à proprement parlé. Enfin, pendant cette saison je prends toujours un peu de temps pour aller observer les poissons entrains de frayer. Cela me donne une foule d’informations qui vont me servir toute l’année : déjà je peux me faire une bonne idée de taille des poissons, et donc les techniques à mettre en œuvre tout au long de l’année. Je vais également savoir où sont les zones de fraies, donc où vont se trouver les poissons juste avant et juste après. Il est probable également que les plus gros poissons vont passés toute l’année dans une zone assez proche pour ne pas devoir parcourir trop de distance au moment de la fraye. C’est vraiment le point de départ à tout raisonnement pour une bonne partie de l’année ! C’est le moment où je choisis de pêcher surtout avec des leurres surfaces. Ainsi le risque de prendre un poisson en fraye est très mince et je peu ratisser une large zone pour prendre vraiment la température du plan d’eau. En pêchant assez gros je diminue encore les risques : un bon Lunker punker et en avant !
Après la fraye : Cette période est assurément la plus difficile de toute à aborder, il est courant de se perdre en conjecture et en questionnement. Quand rien ne bouge, nulle part ni avec aucun leurre, pas évident de faire grand-chose comme déduction. Généralement j’essaye de trouver la fraye du poisson fourrage qui doit en principe avoir lieu après la fraye des carnassiers (les poissons blancs après les brochets et les perches soleil après les bass). Du coup je vais pour une fois essayer de choisir un leurre qui imite aussi parfaitement que possible la proie prédominante. Et au-delà de la taille, plus c’est lent mieux c’est !!
Eté : Contrairement à une idée reçue, l’été n’est vraiment pas la meilleure saison pour la pêche des carnassiers. Sans doute en raison de la chaleur et des longues journées qui incite les carnassiers à chasser seulement quelques heures par jour. L’eau étant plus claire, j’ai souvent tendance à employer des leurres plus petits que le reste de l’année. Je dépasse rarement 7" et plus généralement 6" pour le brochet et 5" pour le bass. C’est sans doute la seule saison où un leurre petit ou moyen a une vraie chance de prendre un gros fish ! C’est le moment de sortir les swimbaits souples dans les tailles précitées et ratisser les zones plus profondes. Il n’y a que le matin très tôt que les gros leurres peuvent faire la différence.
POWELL 682CEF sur silure de 1m30
Automne : A coup sur l’automne est la meilleure saison pour faire du beau poisson, et du nombre également. Les carnassiers font le plein avant l’hiver et sautent sur tout ce qui bouge ! Tout est possible, en surface le plus souvent, à mi-profondeur, sur les cassants, tout marche !! Les plus gros swimbaits marchent très bien mais ne sont pas forcément nécessaire. Pour les black bass, les crankbaits sont capable de prendre des très gros. Je parle bien sur des crankbaits de taille standard, pas les micros finesse en principe destinés aux truites, ok ? Pour les brochets, je me concentre beaucoup sur des swimbaits moyens de 7" environs qui vont me perdre de profiter de faire du nombre et de garder une vraie chance de faire un beau poisson.
L’hiver : C’est vraiment la saison se sortir les leurres énormes ! Bien sur avec des petits leurres ont pourra faire du nombre, parfois, mais je ne mets pas le pied dehors dans le froid pour aller chercher des petits poissons. Les doigts sont gelés et malhabile, pas envie de me blesser sur un brocheton !! Les grosses femelles sont actives quelques heures par jours et ne se déplaceront pas pour un petit leurre rikiki !! Quitte à rentrer bredouille, je préfère tenter ma chance pour un vrai gros et donc lancer avec les leurres appropriés. C’est là que je sors les 8" et 9" pour faire bouger mamie !! En hiver c’est "Go big or go home" ; "Do or Die"; quitte ou double!!
T'es sur que tu veux pas aller au salon de Clermont plutôt?
Bon maintenant que la saisonnalité est établie, il ne reste plus qu’a ajuster aux conditions particulières de la journée. La première observation nécessaire est de déterminer la visibilité dans l’eau à l’endroit où se trouve, hypothétiquement, les poissons. La luminosité (heure de la journée, météo), la transparence de l’eau et la profondeur vont me permettre d’estimer à quel distance il est possible de voir dans l’eau. D’une manière très générale, meilleur est la visibilité et plus leurre doit être petit. C’est simplement parce qu’un petit leurre permet de masquer plus facilement les imperfections due au faite que …ben c’est un leurre et pas une proie vivante !
Bon voilà, la règle générale est posée, elle n’est pas de moi vous vous en doutez bien, c’est un standard bien connu et je l’ai découvert dans le livre Big Bass Magic de Doug Hannon. Mais comme chacun sait, une régle est faite pour être transgressée ! Et même en s’y tenant, les conditions dictent souvent un comportement inverse aux poissons.
Dans de l’eau très claire, pour peu que le soleil ne soit pas trop fort ou qu’un petit vent vienne casser la surface et un leurre relativement gros va encore très bien marcher. Si la saison le permet, un leurre de surface va permettre de s’en tirer également très bien. Les mouvements en surface sont très efficaces pour camoufler partiellement un leurre, qui est forcément à contre-jours. Un gros leurre déplace beaucoup d’eau et offre une vraie présence mais sans pour autant effrayer le poisson par une présence trop massive. L’autre solution est de pêcher en retrait de la rive des zones plus profondes où se tiennent souvent les plus gros carnassiers. En été comme en hiver je pêche en priorité les plans d’eau aussi claire que possible. Cela me permet de pêcher plus profond efficacement avec un bon gros swimbait. Comme je l’ai écrit plus haut, en été je vais sans doute choisir un leurre plus petit. Néanmoins, pour peu que l’eau soit claire et les conditions lumineuses, je n’hésite pas à descendre en taille assez rapidement au fur et à mesure que le soleil se lève. Pêcher de plus en plus profond permet de limiter cette cure d’amaigrissement mais pas de l’éviter complètement.
Souvent pratique d'avoir le même leurre dans plusieurs tailles pour faire des essais et voir ce que les poissons veulent.
Dans des eaux plus teintés, il n’est généralement pas aussi important de diminuer la taille. Ici je regarde plus le « package taille/vibration ». Par exemple un senko de 7" impose moins de présence dans l’eau qu’un crankbait pourtant plus petit. Donc si je choisis un petit leurre, comme un jig, je vais insister sur plus de vibrations en ajoutant par exemple un grub double queue. Si je choisis un swimbait, je vais opter pour un plus gros model mais en conservant un profil plus naturel. Par exemple un Freddy catwalk ou tout autre action en S.
Dans une eau très trouble comme j’ai pu rencontrer dans l’Oklahoma (visibilité 3cm !!) je ne m’intéresse plus qu’au vibrations et signal sonore du leurre plutôt que sa taille.
Chatterbait ne prend pas que du bass!!
Avec un peu d’expérience, on se rend vite compte si le leurre au bout de la ligne affiche sa présence correctement dans l’eau : ni trop, ni trop peu. Et j’ai un petit truc : d’abord je laisse couler un leurre blanc ou clair juste sous le bateau et j’estime à quel profondeur le leurre disparaît. Je vais donc commencer à pêcher cette profondeur là ou juste au dessus. Supposons que mon leurre disparaisse de ma vue à environ 1m50. Je vais donc sélectionner un leurre qui évolue entre 1m et 1m50. Ensuite dés les premiers lancés, je vais observer à partir de quel point dans la récupération je vois apparaître mon leurre. Si j’aperçois mon leurre entre 5 et 8m de moi, je sais que je ne dois pas être loin de la vérité. Si le vois avant, il faut que je choisisse un autre leurre ou un coloris plus discret. A l’inverse, si je vois mon leurre au dernier moment, je peux sans doute monter une taille.
Cette astuce est simplement un point de départ dans la réflexion et valable uniquement pour le bass et le brochet et pour pêcher des zones relativement peu profonde.
7", taille magique ?
Depuis maintenant les quelques années que je me concentre sur la recherche des beaux poissons, un chiffre semble toujours revenir dans les résultats : 7 (inch). Sur les brochets, cette observation s’est répété à de nombreuses reprises, les leurres de 7" prennent plus de poissons et surtout plus de gros poissons. J’ai bien sur pris plusieurs gros poissons avec des leurres plus gros, notamment avec le Triple Trout 9" en Suéde. Mais les 7 ont été plus réguliers et permettent de garder un moyenne élevée, une vraie chance de faire un très gros et continuer à faire du joli poisson régulièrement.
Je n’ai pas eu la possibilité de mener de vraies expérimentations sur le bass mais les prises ont quand même été au rendez-vous. Donc ça marche ! Alors, le calibre 7 est magique ? Je ne sais pas, mais une bonne idée d’en avoir sous la main !!
Dans le prochain article, j’aborderais une question plus générale qui est ce que j’appel la « présence » d’un leurre dans l’eau. J’espère avoir pu apporter quelques éléments de réflexion sur le choix judicieux de votre leurre à la prochaine sortie !